A titre indicatif, et pour tout de suite se mettre dans l’ambiance: une femme a ses règles 2250 jours dans une vie soit plus de 6 ans. Elle a en effet environ 450 cycles menstruels et le cycle moyen dure 5 jours…

Les règles, elles nous touchent toutes, ou je dirais même tous. Oui, vous savez, les femmes sont de mauvaise humeur durant cette période sacrée du mois, alors la communauté entière en pâtit 😉 Au-delà de ce cliché facile et facilement lancé à une femme au bord de la crise de nerfs: ” t’as tes règles?”, on peut envisager la forêt cachée derrière l’arbre.

Je m’explique, avoir ses règles fait partie de la vie des femmes (pour une certaine période et si elles ne sont pas dans une situation particulière), c’est un passage mensuel auquel elles s’habituent -plus ou moins- ou du moins avec lequel elles apprenent à vivre. Et pourtant, c’est aussi une révolution mensuelle corporelle!

Chaque femme vit ce moment de manière personnelle, bien sûr je ne peux me prononcer pour nous toutes, et pourtant je sais que ce n’est pas toujours une partie de plaisir à plusieurs niveaux.

 

La Nature est merveilleuse: la menstruation est liée à l’immortalité humaine. Eh oui, la transmission de la vie passe par le sang. Et le sang s’écoule de la femme qui porte la Vie en puissance. Si  l’on se penche un instant sur la question, la sidération peut saisir. C’est beau, c’est romantique. Oui, et ça fait mal aussi 😉 Enfin, ça peut faire souffrir .

 

C’est le moment où j’aimerais mettre  les hommes -certains d’entre eux- à contribution. Oui, en effet une femme qui a ses règles peut être moins facile à vivre. Mais cela ne dure que quelques jours/heures, et ce n’est pas -forcément- une excuse à ses sauts d’humeur. Comme je le disais plus haut, cette période entraîne une transformation importante au niveau physique. On parle des syndromes prémenstruels: maux de ventre, tête, nausées, maux de dos… Les dysménorrhées sont les crampes au niveau du ventre. Les muscles de l’estomac se contractent pour expulser l’ovule non fécondé, ainsi que le sang qui a servi à l’alimenter.

La souffrance peut être réelle et s’installer insidieusement si on ne l’accueille pas pour mieux la vaincre et vivre mieux ces moments. On cherche toutes les positions possibles de non douleur (quitte à faire des choses irraisonnées parfois, oui tout le monde sait très bien que se mettre la tête en bas soulage les douleurs au ventre…), des moyens de soulagement: la bouillotte, remède de grand-mère, peut en être un 😉

 

Et que penser du sport pendant les règles? C’est encore une fois très personnel. Certaines filles sont plus fatigables et font une pause durant cette période ou alors s’entraînent plus tranquillement, tandis que d’autres ne sont pas du tout affectées et continuent comme si de rien, et que certaines y trouvent même un contre-douleur !

 

Les règles c’est aussi beaucoup d’argent dépensé! Le calcul sur toute une vie est vertigineux. Mais aujourd’hui nous avons de la chance! La révolution est en marche, ou du moins des moyens alternatifs de protection hygiénique sont proposés qui font du bien au porte-monnaie ainsi qu’à notre confort et notre santé 🙂 Je ne suis pas là pour faire de la pub mais les bons tuyaux sont toujours bienvenus 😉 Il s’agit donc des serviettes lavables, à l’ancienne s’il vous plait! Et c’est bon pour la Planète! On adore. Et la cup ou coupe menstruelle, évidemment, qui recueille le flux menstruel sans assécher la flore vaginale. C’est un investissement de départ mais une économie sur le long terme. Par contre ce qu’il en est des gels intimes et autres déodorants, je dirais, sans doute en préjugeant, que ce n’est pas indispensable voire nocif (voir les additifs dans les produits et la pollution qu’ils produisent). Une bonne hygiène suffit.

 

Au niveau émotionnel nous avons vu que la menstruation peut avoir un effet sur l’humeur, la femme devient plus sensible (elle pleure alors qu’elle vient de renverser son thé), plus irritable (quelqu’un la bouscule dans la rue et c’est le drame), etc. Elle est à fleur de peau. Et quelle fleur!

Mais il faut savoir que les sensations corporelles peuvent changer (parallèle avec la grossesse). On a déjà évoqué les douleurs, on peut parler de la façon de ressentir la température qui varie, la circulation sanguine qui donne les jambes lourdes, l’odorat qui peut être décuplé (d’où une tolérance moins importante aux odeurs désagréables par exemple). Il peut aussi y avoir cette sensation d’être dans du coton, comme une sorte d’insensibilité, droguée, sur un nuage… 

 

Ce qui m’amène au niveau psychique. En effet, ces changements physiques sont à mon avis liés à des sortes de remaniements psychiques. Les sens en alertes, il peut arriver d’avoir comme des hallucinations visuelles ou auditives, de se sentir comme dans un état de conscience altéré. Cela peut paraître étrange mais c’est ainsi. Alors en lien avec ces observations, j’aimerais m’appuyer sur le travail de Monique Bydlowski -psychiatre et psychanalyste- autour de la “transparence psychique”. A quoi cela fait-il référence? A un ébranlement de l’équilibre habituel de la femme. Son état relationnel change avec un appel à l’aide latent et quasi permanent (ce qui fait qu’on peut également rapprocher la grossesse de l’adolescence, mais c’est un autre sujet). On note une authenticité du psychisme et un certain radicalisme. Ainsi que la réactivation du passé. La censure ne joue en effet pas son rôle habituel. La grossesse c’est une rencontre intime avec soi, avec la capacité d’érotiser une partie encore interne à soi. Et la transparence psychique avive la mémoire de l’origine. Je propose donc d’élargir ce terme aux menstruations dont les signes se rapprochent de ceux qui viennent d’être énoncés. 

 

Pour conclure ce chapitre, j’aimerais évoquer tout ce qui se joue plus ou moins consciemment autour des règles. Les premières, elles font peur et en même temps on les attend, c’est ce qui fait que l’on devient femme, capable de transmettre la vie. Et elles s’accompagnent de tellement de fantasmes. On pourrait croire qu’en tant que femmes nous maîtrisons le sujet et pourtant il s’agit de beaucoup de choses mais pas de maîtrise! Et tout au long de la vie se poursuit cette tension autour des règles qu’on attend impatiemment si l’on a peur d’être enceinte ou qu’au contraire on redoute lorsqu’on désire l’être. Les menstruations sont sujets de préoccupations, de discussions entre copines ou au sein du couple. On parle même de la synchronisation des règles entre femmes qui vivent ensemble (famille, amies, couple lesbien).

Les règles c’est aussi une relation à l’attente. Comment est vécu le regard de l’autre. C’est la relation à la mère, à la femme. C’est la Terre-Mère, la matrice.

 

La touche de couleur finale: le rouge. Le rouge attire, attise, séduit, représente la force mais aussi la vulnérabilité avec le sang des règles qu’on ne peut contrôler…